Bauxite ivoirienne : un potentiel brut de 60 milliards de dollars à transformer en puissance industrielle
Avec des réserves prouvées s’élevant désormais à 1,214 milliard de tonnes de bauxite, réparties dans les régions de Divo, Bénéné et Toumodi, la Côte d’Ivoire s’invite au banquet des puissances minières du continent. Ce patrimoine géologique, longtemps demeuré dans l’ombre du binôme café-cacao, recèle un potentiel brut estimé à quelque 60 milliards de dollars, indexé sur un cours pivot de 50 dollars la tonne.
Toutefois, l’enjeu véritable de cette manne réside dans la rupture avec le paradigme extractif traditionnel. Une transformation locale de ce minerai en aluminium — dont les projections de rendement oscillent entre 300 et 320 millions de tonnes — propulserait l’économie ivoirienne dans une nouvelle dimension industrielle. Alors que le cours de l’aluminium sur le London Metal Exchange (LME) s’établit actuellement dans une fourchette consolidée de 2 500 à 2 650 dollars la tonne, la valorisation de cette filière intégrée pourrait générer une richesse cumulée excédant les 800 milliards de dollars. Une manne colossale qui, bien que théorique, représente plus de dix fois le produit intérieur brut actuel du pays, dessinant ainsi les contours d’une souveraineté économique pérenne.
La bauxite, rappelons-le, constitue la pierre angulaire de l’industrie de l’aluminium, un métal stratégique utilisé dans les secteurs de l’aéronautique, de l’automobile, de la construction, mais aussi de l’énergie renouvelable, notamment dans la fabrication des batteries et panneaux solaires. À ce titre, la demande mondiale ne cesse de croître, portée par la transition énergétique et la quête de matériaux légers et recyclables.
Dans ce contexte, les grands importateurs et transformateurs mondiaux — en tête desquels figurent la Chine, l’Inde, les Émirats arabes unis, les États-Unis et la Russie — scrutent désormais de plus près les nouvelles zones d’approvisionnement africaines. La Côte d’Ivoire, avec sa stabilité politique et sa position géographique stratégique sur le littoral atlantique, dispose d’un avantage compétitif majeur pour capter une part croissante de ce marché mondial évalué à plus de 200 milliards de dollars par an.
Conscient de cet enjeu, le gouvernement ivoirien a fait de la valorisation de la bauxite un pilier central de sa politique minière. Le Programme national de développement minier (PNDM) et la stratégie d’industrialisation 2021-2030 placent l’aluminium parmi les priorités nationales. Plusieurs partenariats public-privé sont en cours d’évaluation pour implanter des unités locales de transformation, notamment autour de Divo et Toumodi, afin de passer d’une économie d’exportation brute à une économie de transformation intégrée.
Parallèlement, la réforme du code minier et la digitalisation des procédures via l’e-Cadastre traduisent la volonté d’Abidjan d’attirer des investisseurs tout en garantissant la transparence et la traçabilité des opérations minières. Le pays entend ainsi conjuguer croissance économique, industrialisation et durabilité environnementale, dans un secteur longtemps dominé par l’extraction primaire. Si la Côte d’Ivoire parvient à concrétiser cette vision, sa bauxite pourrait devenir bien plus qu’une ressource minérale : un levier stratégique d’influence économique et industrielle, consolidant sa place parmi les puissances émergentes du continent.
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